Curtis Young est américain et a choisi de vivre son rêve en venant s'installer en France, et plus spécialement à Paris, il y a quelques années. Spécialiste de l'histoire de France et de la Révolution française (eh oui !), il rejoint Demactive.fr comme chroniqueur. Il nous livre ici en quoi notre pays, pour un Américain noir ayant vécu la ségrégation aux Etats-Unis, a pu inspirer son "rêve parisien". "Bah voilà quoi" est une de ses expressions favorites, grâce à laquelle il nous montre son attachement à se sentir -aussi- "d'ici". Tout lien avec un certain "débat national" serait purement fortuit...
Je suis arrivé à Paris car, tout comme le "rêve américain", il existe de l’autre côté de l’Atlantique le "rêve parisien". Ce rêve est un héritage qui nous a été transmis par Joséphine Baker, Paris est une fête (1) d’Ernest Hemingway ou encore le "salon" de Gertrude Stein (2). Mais aussi Shakespeare & Co de Sylvia Beach (3), le restaurant Chez Haynes de Leroy Haynes (4) à Montmartre et le night club Chez Bricktop d’Ada "Bricktop" Smith (5).
Je l’ai reçu plus particulièrement de l’écrivain Richard Wright (6), qui aurait dit cette phrase célèbre qu’ "arriver à Paris était comme se délester d’un manteau de béton". Il évoquait ainsi le poids considérable du racisme américain. Suivi par James Baldwin, Beuford Delaney, Melvin Van Peebles et Julio Finn, quelques-uns des nombreux noirs américains qui posèrent le pied ici bien avant moi.
Je suis venu pour poursuivre mon "rêve parisien" d’une culture de la littérature, d’une ville où un philosophe est amené à débattre de l’état du monde à la télévision publique, où le jazz qui résonne des caves de Saint Germain des Prés occupe une place centrale dans l’expérience musicale française, comme le montre cette foule de l’été dernier venue pour écouter Buster Williams (7) à La Villette rendre hommage à Miles Davis ou encore Ornette Coleman. Ainsi qu’une Salle Pleyel comble, quand Wayne Shorter ou Herbie Hancock y jouent. Sans oublier le New Morning, le Duc des Lombards ou le Sunset.
J’aime mon Paris. Au-delà des clichés de la "French baguette", du saucisson sec que je mange à n’en plus finir ou du foie gras dont je ne peux me passer ! Du café qui a le vrai goût du café et dont j’abuse. Du grand vin et du bon fromage...
Mais mon Paris me donne tellement plus. Cette ville m’offre des rencontres et m’ouvre à des relations intenses, riches et profondes. Des amitiés presque magiques dans leur authenticité et sincérité. Un de mes amis, tout comme moi Bouddhiste (oui, je suis Bouddhiste), me confia un jour ce dicton: "Quand on s’incline devant un miroir, l’image du miroir s’incline en retour." C’était sa façon de me dire que les Français peuvent ressentir mon amour et mes sentiments pour leur pays, leur culture, leur histoire, leur langue. Et qu’en retour ils m’expriment leur reconnaissance, voire leur affection.
Mon "rêve parisien" naquit pendant mon adolescence à Chicago. J’étais alors fasciné par votre langue. J’aimais votre cinéma, la nouvelle vague de Truffaut, Godard, Chabrol, Malle, Resnais et Rohmer. Le film qui m’a convaincu qu’il me fallait venir vivre ici est le seul vraiment excellent de Lelouch, et bizarrement un de ses tous premiers. Oui, celui-là : "Un homme et une femme"... Mais depuis que j’habite ici, je préfère des films comme "Les Tontons Flingueurs". Go figure, comme on dit à New York ! (Va comprendre, Charles, comme on dit ici !)
Néanmoins, maintenant que je vis à Paris, le romantisme s’estompe un peu... La réalité de Paris et la vie en France commencent à prendre place, s’installer. Mais je vous en dirai plus à ce sujet une autre fois. La prochaine fois.
Bah voilà quoi !
Curtis Young
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Paris_est_une_f%C3%AAte
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Gertrude_Stein
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvia_Beach
(4) http://www.ruedescollectionneurs.com/magazine/mag/haynes.php
(5) http://en.wikipedia.org/wiki/Ada_%22Bricktop%22_Smith(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Wright_%28%C3%A9crivain%29
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Buster_Williams








